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Je m’appelais Démocratie

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Je m'appelais Démocratie

J e suis morte lentement, doucement, dans la douleur et le silence, sans cris de qui que ce soit. Une lente agonie, une longue maladie m'a emportée, un été de l'année 2020. Mes deux petits anges, mes enfants, mon sang, liberté et égalité n'ont pas dû comprendre. Je me suis battue toute ma vie pour qu'ils vivent aux mieux et en quittant cette magnifique terre, je ne sais ce que je leur ai réservés comme destin.

Je m'appelais Liberté en 2020. J'ai maintenant 13 ans et mon prénom est Soledad. Mon frère, Egalité, malgré son jeune âge s'est battu de toutes ses forces, mais en vain. Maman en tremblerait si elle nous voyait et ne saurait prononcer son nouveau prénom Dolor. Le nouveau système effaça en une décennie toute trace de bonheur. La nature, rebaptisée Lacriminosa, accompagna ce changement en ne faisant rien apparaître qu'une heure par jour le soleil. J'entends dans ma tête s'élevait le Requiem de Mozart.

Lui : Soledad, lèves- toi, nous ne pouvons pas rester plus longtemps. Le soleil va bientôt disparaître.

Elle : Laisse-moi encore une seconde.

Lui : la nuit est mortelle pour nous. Tu sais très bien qu'avec cet implant, ils nous retrouvent où qu'on soit. Tu connais la punition qui nous attend...

Elle : Oui, je sais. J'en garde encore les marques sur mon corps meurtri. Je ne veux pas plier, je souhaite résister mais j'ai besoin de lui parler, j'ai besoin d'elle.

Lui : Mais elle est morte et ne peut rien pour nous.

 

Elle : si, quand je viens ici, je retrouve les mots qu'elle nous chantait, les espoirs et la force qu'elle nous transmettait. J'ai envie de pleurer, mais en même temps, je me ressource.

Lui : On ne peut plus pleurer. C'est interdit. Rire et chanter sont des verbes bannis. Je me demande comment nous continuerons notre chemin de vie face à cette oppression. Je ne supporte plus les caméras qui observent chacun de nos faits et gestes.

Elle se tait. Demain, sa vie va changer. Elle ne sera jamais plus pareille. Son frère ne le sait pas encore. Elle n'ose pas lui dire qu'elle a reçu l'appel dès que le sang a coulé le long de ses jambes. Alors, elle décide de parler à cette croix qui n'en est pas une.

Elle : Maman, demain je serais fécondée et ce n'est que le commencement d'une longue série. Pourquoi m'as-tu faite fille ??? Il faut repeupler la terre et je suis l'une des « élues ».

La main de Dolor sur son épaule se met à trembler de rage, de douleur. Sa bouche s'ouvre, mais aucun cri n'en sort. Ne pas avoir envie de tuer sous peine de se retrouver éloigné à jamais de Soledad. Il sent en lui une haine qui monte et lui coupe le souffle. Il reprend ses esprits. Ils sont en danger dans cet endroit interdit.

Lui : Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ?

Elle : Par peur de ta réaction. Je sais que le traitement qu'on nous donne, a du mal à opérer sur toi et moi. Nous ressentons encore des émotions. Je préférais qu'elle soit avec nous pour que tu l'entendes. Je ne veux pas te perdre. Je n'ai plus que toi.

Lui : je resterais à tes côtés tant qu'ils ne décident pas de nous séparer.

Elle reprend ses esprits. Elle se sent mieux enfin comme on peut l'être dans de tels moments.

Elle garde en elle la voix douce et rassurante de sa mère battante. Ils doivent absolument ne rien laisser paraître, car ce qui les attend alors serait pire que la mort, la lobotomie.

Elle : viens, courrons, il se fait tard.

Lui : nous reviendrons, vite. Cet endroit est le nôtre. Le seul où notre tête peut penser librement et nos mots exprimer nos idées.

Elle : Oui, nous reviendrons, grandis, durcis mais fiers et droits, face à cette croix qui n'en est pas une.

Textes de Choupi Dunet

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